Le jeûne intermittent

Le jeûne est une pratique millénaire que nos ancêtres connaissaient bien. Hippocrate le conseillait d’ailleurs, Buddha aurait jeûné pendant plusieurs années, de nombreux yogis en quête d’eux-mêmes en sont adeptes…

Devenu à la mode ces dernières années, comme toute tendance alimentaire, le jeûne devient de plus en plus banalisé. On entend beaucoup parler du jeûne intermittent, sans doute moins brutal que les jeûnes longs de plusieurs jours ou semaines.

Pourquoi le fasting (jeûne en Anglais) suscite-t-il tant d’intérêt ? Qu’en est-il de ses bienfaits ? Car, il est clair que le jeûne possède bien d’extraordinaires vertus. Décryptons ce concept…

Comprendre d’où nous partons…

De nos jours, il va sans dire que nous vivons dans une société où la nourriture est disponible à profusion. La pénurie n’existe pas, les stocks débordent, les pertes alimentaires sont fréquentes… la nourriture est abondante.

Nous avons la possibilité, aujourd’hui, de nous rendre dans un magasin après le travail à 19 heures passées, ou encore un dimanche matin. Grandes surfaces, magasins bio, enseignes spécialisées… tous ont compris l’intérêt économique de l’offre au consommateur.

Il va de soi que les mentalités changent et se sont adaptées à ce nouveau mode de vie où tout est disponible tout de suite. De plus, les tentations sont grandes : distributeurs automatiques, bonbons aux caisses des supermarchés, stratégies marketing d’implantation… bien souvent, nous achetons trop.

L’envie d’écrire au sujet du jeûne m’est venue après une sorte de révolte intérieure contre la société de consommation et mon intérêt grandissant pour le minimalisme. Depuis plusieurs années, j’ai appris à revenir peu à peu vers plus de simplicité dans plusieurs domaines (achats de seconde main, friperies, vide dressing, alimentation raisonnée…) et ce tri matériel s’est fait en parallèle de mon travail sur moi-même.

Je vous avoue être longtemps restée réticente à l’idée de jeûner, compte tenu des croyances auxquelles j’étais moi-même encore attachée, puis, devenant de plus en plus à l’écoute de mon propre corps et mes perceptions sensorielles évoluant, il m’est paru naturel de revoir mon point de vue.

Le principe du fasting

L’idée du jeûne est basique : permettre au corps d’atteindre ce stade où il puise dans ses propres ressources.

En temps normal, après un repas, nous avons un certain taux de glucose dans le sang (autrement appelé, la glycémie). Celui-ci est ensuite stocké dans le foie sous forme de glycogène, en vue d’un relargage de glucose lorsque le corps ne possède plus les substrats nécessaires.

Lors d’une phase de jeûne, la première source énergétique utilisée est systématiquement le glucose sanguin. C’est la plus facile d’accès. Le glycogène hépatique est le second mobilisé.

Ce n’est qu’une fois les réserves en glucose épuisées que le corps commence à déstocker les triglycérides du tissu adipeux (en d’autres termes, ce qu’on appelle le “gras”). Ce phénomène arrive généralement au bout de 8 à 12 heures après le dernier repas. Enfin, au bout d’un certain temps (plusieurs jours) sans apports alimentaires, ce sont les muscles qui sont sollicités pour fournir de l’énergie.

Chacun de ces substrats a toujours pour but de reformer du glucose, de manière directe ou indirecte, celui-ci étant la source énergétique principale de notre corps.

Le principe du jeûne intermittent est donc d’entrer dans cette phase de transition où le corps brûle les graisses en épargnant les réserves protéiques.

Quand le corps est surchargé de toxines…

Le plus n’est pas toujours le mieux ! Il suffit de regarder la qualité de ce qu’on consomme. Beaucoup de nos maux sont engendrés, ou du moins, aggravés par une alimentation inadéquate.

La fatigue chronique, la baisse du système immunitaire, les maladies inflammatoires, auto-immunes et neurodégénératives (arthrose, obésité, diabète, SII, Alzheimer, Parkinson, maladies cardiaques, cancers…) pourraient toutes être potentiellement améliorées en mettant de la conscience sur nos pratiques alimentaires.

Au final, il est hyper intuitif de constater que la mise au repos du système digestif induite par le fasting permet de retrouver de l’énergie… quand on sait combien la digestion en demande.

En épargnant la dépense énergétique due à la digestion, le corps retrouve sa vitalité pour agir sur d’autres plans qui en ont certainement besoin.

Par ailleurs, en diminuant la fréquence des apports alimentaires, le jeûne améliore la sensibilité à l’insuline et permet donc, par le rééquilibrage hormonal qu’il impose, d’atteindre son poids de forme. En fait, il régule globalement tous les systèmes hormonaux, en agissant comme une sorte de “reset”, et assure donc la purification et la détoxification du corps.

Enfin, le jeûne renforce l’efficacité des organes émonctoires. Pour rappel, le foie est la plaque tournante du métabolisme. S’il est surchargé de toxines, votre corps ne peut fonctionner à son plein potentiel. Lâcher du lest, lui laisser un peu répit de temps à autre, lui procurera le plus grand bien.

Faim physiologique ou émotionnelle ?

Ceci est un fait irrévocable : le corps s’adapte. Le corps sait s’adapter à différentes situations. C’est le mental qui s’adapte plus difficilement ! Par peur de manquer le plus souvent, nous surconsommons sans besoin vital.

La faim émotionnelle résulte bien souvent de l’importance extrême qu’on accorde à l’alimentation. Une fois de plus, à vouloir “trop” bien faire, on peut auto-engendrer des comportements non naturels.

Retrouver la faim physiologique nécessite de se reconnecter à cette partie spontanée de nous, qui sait exactement ce dont nous avons besoin.

C’est pourquoi, avant même d’envisager un jeûne, je trouve indispensable d’avoir adopté une alimentation intuitive. Il serait absolument contre-intuitif et contre-productif d’entamer un jeûne si votre alimentation n’est pas en raccord avec l’idée d’équilibre personnel.

L’importance, toujours et encore, de s’écouter !

Le jeûne est-il adapté à tous ? Je pense, en un sens, que n’importe qui pourrait s’y faire. Le corps humain est conçu pour résister en cas de famine et nous en avons eu la preuve dans l’histoire.

Toutefois, je pense que le plus important est de savoir pourquoi vous le faites. La visée du jeûne ne se résume pas à la simple perte de poids. Le danger serait de le faire dans cet unique but et, avec une restriction calorique à la clé, vous risqueriez de causer quelques dommages métaboliques (non pas irréversibles, mais tout de même embêtants).

La pratique du jeûne n’est pas identique pour tous. Certains enlèveront le petit-déjeuner, d’autres préfèreront délaisser le dîner. Certains le pratiqueront deux jours par semaine et d’autres tous les jours. En fonction de ses ressentis, à chacun de trouver ce qui lui convient le mieux !

Plusieurs formats de jeûnes intermittents existent, à savoir le jeûne de 8 heures (que la majorité d’entre nous adoptons durant le sommeil), le jeûne de 16 heures et enfin de 24 heures. Au-delà, nous passons sur des schémas de fasting longs.

Connaître la vraie raison pour laquelle vous le faites vous permet de véritablement vous connecter à vos sensations et d’adapter le concept, jour après jour, à vos besoins.

Une pratique ancestrale qui s’est adaptée au monde moderne

De mon point de vue, je pense que notre force résulte de notre capacité à nous adapter. Loin de moi l’idée de suivre une règle stricte, je privilégie l’écoute des sensations et la réponse aux besoins du moment présent.

Pour cette raison, je vous conseille vivement de mettre de la conscience sur votre alimentation afin d’ajuster au mieux votre pratique. Par exemple, si vous avez réellement faim, il me semble préférable de casser le jeûne plutôt que de générer des frustrations. De même, adaptez-le toujours à votre cas, en tenant compte de vos antécédents. Ce n’est pas parce qu’une nouvelle tendance émerge qu’il faut absolument l’adopter ! Si vous avez trouvé un équilibre autrement, c’est le principal.

“Mais le petit-déjeuner, c’est le repas le plus important de la journée…”

Un des aspects qui m’a fait réfléchir sur le jeûne est l’idée que le petit-déjeuner serait le repas à ne rater sous aucun prétexte. Pourvoyeur d’énergie pour la matinée, sans lui, on serait K.O. avant le déjeuner.

Pourtant, il est intéressant de constater que ce que nous mangeons traditionnellement au petit-déjeuner se situe parfois loin de l’indispensable. Pain, confiture, beurre, miel… si ces aliments mis ensemble plaisent à nos papilles, sont-ils réellement nécessaires ?

Dans un sens, si la faim est présente au petit matin, il conviendrait donc de revoir la qualité de ce fameux repas du roi. Fruits frais, jus fraîchement pressé, oléagineux, graines seraient peut-être une alternative plus nutritive.

Précautions

Après vous avoir démontré les nombreux bienfaits du jeûne, il serait incomplet de vous laisser tenter l’expérience sans vous prévenir des éventuels effets indésirables qu’il pourrait générer. Voici les conseils de base pour bien mener son jeûne intermittent :

  • S’hydrater
  • Assurer des apports en protéines et acides gras essentiels suffisants
  • Faire la part belle aux végétaux
  • Rester à l’affût des hypoglycémies
  • Prévenir la constipation (eau, fibres, plantes prokinétiques, activité physique)

Jeûne et clarté d’esprit

Comment le yoga m’a amenée à revoir mon rapport à l’alimentation…

C’est mon approche yogique plus que diététique qui m’a attirée vers le jeûne intermittent. Clairement, je n’ai jamais eu faim dès le réveil et il me fallait habituellement 2 heures avant que la machine se mette doucement en route.

Ma pratique du yoga dès le matin m’a également éloignée de ce concept du petit-déjeuner car, il faut bien se l’avouer, tenir un handstand le ventre plein n’est pas franchement confortable.

À vrai dire, comme je mange de manière très intuitive, toutes mes matinées ne se ressemblent pas.

Il y a des jours où j’ai envie de m’improviser une séance de yoga d’une heure, d’autres où je me contente de 20 minutes… et puis, il y a des jours où je n’ai juste pas envie de pratiquer. Il y a des matins où j’ai faim et d’autres où j’ai moins faim, dans tous les cas je m’écoute et je réponds à mes besoins.

C’est en menant mes recherches et en mettant des mots dessus que je me suis rendue compte que je faisais le jeûne intermittent sans vraiment le savoir.

Le jeûne favorable à la méditation

Essayez de méditer le ventre vide, puis une autre fois, le ventre plein. Vous verrez que vos accès de lucidité sont bien moins faciles quand le métabolisme est occupé à digérer.

En mettant de la conscience sur mes choix alimentaires, sur mes sensations, sur ma façon de réagir aux émotions… j’ai appris à laisser couler, à progressivement accepter, à faire ce vide intérieur.

Accepter ses émotions

Je pense que l’élément le plus impactant, le plus puissant fut le jour où j’ai décidé de ne plus me mentir et de vivre pleinement mes émotions.

Ce jour-là, j’ai décidé en pleine conscience d’arrêter de porter le masque… qui fonctionnait pourtant si bien ! Ne plus chercher à camoufler mes émotions par divers subterfuges, mais accepter de les VIVRE, de les laisser me traverser…

Tout est beau, même ce qui est inconfortable.

Le jour où j’ai été d’accord de me dire : je m’accepte telle que je suis, avec mon côté ombre et mon côté lumière. Je m’accepte dans mon hypersensibilité. Je m’accepte dans mon incompréhension. Je m’accepte d’être qui je suis, d’être là où je suis. Et je m’accepte même quand je n’accepte pas.


Conclusion : Nous jeûnons tous !

Finalement, je n’ai pas de réponse toute faite sur le jeûne. Je pense simplement que notre Être tendra toujours vers l’équilibre. C’est pourquoi nous pratiquons tous le jeûne à plusieurs degrés, sans forcément y mettre de nom, quand nous sommes à l’écoute de nos sensations.

Si vous n’avez pas faim, peu importe l’heure, vous ne mangez pas. Si vous êtes en transit pour un voyage, que vous n’avez pas d’options disponibles immédiatement, vous ne mangez pas. Vous avez jeûné sans même y prêter attention…

Qu’il s’agisse d’un jeûne à visée purificatrice, thérapeutique, spirituelle… nous sommes la preuve charnelle que le jeûne permet de retrouver la vitalité, d’accéder à la paix intérieure et à la guérison. Loin de l’idée de privation, il peut être un outil inestimable dans la quête de soi, le jeûne intermittent étant simplement une manière d’appréhender la chose parmi tant d’autres.

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