Diète d’ayahuasca au Pérou : récit d’expérience avec Claire Bisson, blogueuse voyage

par | Jan 17, 2024 | Blog, Santé | 0 commentaires

Bonjour à toutes ! Bienvenue dans ce nouvel article, je suis ravie de vous retrouver. J’espère que votre début d’année se passe bien, que vous êtes motivées à concrétiser vos intentions et que vous avez des projets et des ambitions pour cette année. En ce qui me concerne, je suis très contente de reprendre les interviews. Je vous avoue que j’ai eu très peu de temps en fin d’année 2023 pour rechercher des intervenants de qualité et j’ai vraiment envie de prendre ce temps en 2024 pour prospecter des experts dans leur domaine et enrichir le blog de leurs connaissances et expériences sur le terrain.

D’ailleurs, mon invitée du jour n’y échappe pas puisqu’aujourd’hui, on va aborder un thème sûrement peu commun, en tous cas du point de vue expérience, mais sur lequel il y a pourtant beaucoup de choses à raconter. Dans cet article, on va parler de l’ayahuasca qu’on surnomme la “liane des dieux”, la “liane de la mort” ou encore la “liane des esprits”.

Elle a le vent en poupe ces dernières années et on en parle un peu partout dans le monde. On m’avait proposé de faire une cérémonie d’ayahuasca lors d’un voyage au Mexique, en me disant que cette décoction me mettrait en contact avec les esprits, et – malgré toute l’attirance que cela pouvait avoir – la peur et la précaution par rapport à ses effets psychotropes m’avaient fait décliner à ce moment-là, tout en sachant que je voyageais solo. Elle est classée parmi les drogues en Occident mais elle est considérée comme une plante de guérison en Amazonie. Ceci dit, l’ayahuasca peut véritablement vous apporter des éclairages sur votre vie, sur une problématique particulière et elle est réputée hautement efficace pour vaincre les addictions et les problèmes de toxicomanie. Mais voilà, il y a des choses importantes à savoir avant de se lancer ! C’est pour cette raison que de faire venir Claire Bisson, globe-trotteuse et blogueuse voyage – mais aussi ancienne collègue de travail et amie dans la vie. Claire a voyagé en Amazonie, le berceau de l’ayahuasca, pour aujourd’hui nous faire un retour d’expérience sur sa retraite d’ayahuasca.

Claire Poncet : Hello Claire, comment vas-tu aujourd’hui ?

Claire Bisson : Super, ravie d’être invitée pour partager mon expérience de l’ayahuasca qui, vous allez le voir, sort un peu de ce qu’on peut entendre à propos de cette médecine. 

Tu nous reviens d’un voyage initiatique au Pérou où tu as choisi d’intégrer une retraite d’ayahuasca dans un centre spécialisé. J’ai hâte d’avoir ton retour d’expérience avec l’ayahuasca !

Tu parles de retraite d’ayahuasca et justement, moi je vais vous parler d’autre chose. Retraite, ça sonne un peu « Club Med de l’ayahuasca ». Tu t’imagines que tu pars faire un weekend spirituel trop cool, mais non. En Amazonie, on parle de diète, c’est-à-dire que tu vas diéter des plantes qui vont être activées par l’ayahusca. On reviendra dessus en détail mais c’est une précision importante à faire : retaite d’ayahuasca, c’est plus du marketing pour gringos selon moi.

Comment as-tu découvert l’ayahuasca ? Qu’est-ce que c’est ? Comment est-ce qu’on la prépare ?

J’ai découvert l’ayahuasca lors de mon 1er voyage au Pérou en 2017. C’était le “must do” pour ceux qui visitent Cusco, un peu comme si tu vas à Amsterdam : tu fumes des joints dans un coffee shop ou tu vas au Mexique et tu prends des champis. L’ayahuasca est une médecine ancestrale. Il y a différents types d’utilisation et de formes d’ayahuasca selon les pays. En Colombie par exemple, c’est le yagé (une forme masculine de l’ayahuasca), le Santo Daime au Brésil (en culte religieux) et au Pérou, j’ai pris la forme féminine de l’ayahusca.

Dans le doux breuvage qu’est l’ayahuasca, on trouve :

  • la feuille de chacruna (qui contient la DMT)
  • la liane d’ayahuasca (qui active cette DMT)

Bien qu’elle soit considérée comme une plante de guérison en Amazonie, elle est classée comme stupéfiant en Europe. Tu as écrit un article de blog très complet dans lequel tu avoues avoir pris des drogues dans ton passé et constaté que l’ayahuasca n’a rien à voir avec une drogue comme le LSD ou les champis hallucinogènes. En quoi est-ce différent ?

L’ayahuasca est un esprit qui prend possession de toi. Certaines cérémonies ressemblent de près à des séances d’exorcisme d’ailleurs. Aussi, l’ayahuasca est une plante donc il y a cette notion d’enracinement, de lien avec la terre tandis que le LSD est une molécule chimique, qui a un côté beaucoup plus “cosmique”. Pareil pour les champis, c’est la même molécule – la psylocybine – qui fait effet, pas celle d’un esprit d’une plante.  Après, avec le LSD comme pour l’ayahuasca, tu peux devenir pure conscience et rencontrer des entités – les expériences mystiques sont rares mais existent. 

J’en ai d’ailleurs vécu une et c’était boulversant. J’ai compris après coup que j’avais vécu ce qui se rapproche d’une EMI (ndlr. expérience de mort imminente). Je suis sortie de mon corps. J’étais pure conscience, hors du temps et de la dimension, et j’ai rencontré une entité aux portes de la mort qui m’a fait comprendre l’absurdité du mécanisme de l’anxiété dont je souffrais à l’époque.

Pourquoi as-tu souhaité faire l’expérience de l’ayahuasca, si ce n’est pas indiscret bien sûr ?

À la base, je voulais faire une retraite vipassana (ndlr. retraite méditative en silence). Coïncidence, la diète d’ayahuasca tombait sur les mêmes dates, du 11 au 21 octobre, et l’appel de l’ayahuasca a été plus fort. Bizarrement, j’ai plus peur de faire un vipassana qu’une diète d’ayahuasca en Amazonie. Je cherchais à évoluer dans mon cheminement spirituel, et pour moi cela passe par ce type d’expériences profondes. Quand tu fais ce type d’expérience, on te demande de poser une intention. C’est hyper dur parce que j’avais 10 000 questions auxquelles j’avais envie de répondre ! Je me suis contentée de demander à l’ayahuasca de la guidance sur un problème que je rencontrais, mais aussi de me montrer comment me libérer d’une blessure d’abandon.

L’ayahuasca est aussi réputée et utilisée pour traiter les addictions. Penses-tu que d’une certaine façon, elle puisse être un recours aux personnes qui souffrent de troubles du comportement alimentaire ?

L’ayahuasca est une purge, ça veut dire que tu plonges dans les ténèbres pour en extraire la merde et les souffrances refoulées. Cela passe par une diète et souvent des vomissements, donc pour quelqu’un qui a un TCA ca peut être triggering. La cérémonie d’ayahuasca est suivie d’une diète de 8 jours où tu manges presque rien donc je ne pense pas que cela soit très recommandé aux personnes souffrant de TCA, mais à voir avec les chamanes. On m’a fait remplir un questionnaire médical avant d’accepter mon inscription à cette diète et on m’a demandé si justement, j’avais des troubles alimentaires. 

Comment se passe une diète d’ayahuasca ? Quels sont les effets de la plante ?

Déjà, tu te purges : la première journée, tu la passes aux toilettes ! La deuxième journée, la tête dans le sceau. Ensuite quand t’es clean, tu passes à la cérémonie d’ayahuasca. On se met en cercle dans la maloca (ndlr. maison communautaire en Amazonie) et le chamane entoure chaque personne de sel pour protéger le cercle énergetique de chacun. Puis, tu prends ton verre d’ayahuasca en posant ton intention. Ensuite, tu attends de voir ce qui se passe et c’est différent pour chacun. Ce qui est sur, c’est que tu passes par différents palettes des émotions : des plus dark au plus extatiques. Parfois l’un, parfois l’autre, parfois les deux. La plante prend possession de toi et elle va venir te montrer ce dont tu as besoin, plus que ce que tu as envie. Cela peut passer par des visions, des ressentis, des pensées, sensations… Plus tu résistes et plus tu prends cher ! Le mot clé est LÂCHER PRISE. Pour t’accompagner dans ce voyage de la conscience, les chamanes chantent des icaros, des chants qui te guident dans les tréfonds de ton âme. C’est l’équivalent du tire-fesse au ski, il faut bien s’accrocher sinon tu dévales ! Le chamane est ton guide et ton protecteur. 

Est-ce indiqué à tout le monde ou y a-t-il certaines contre-indications ?

C’est contre-indiqué pour les personnes bipolaires, schizophrènes, qui ont des problèmes cardiaques et ceux qui prennent des médicaments type antidépresseurs ou anxioliques – il faut arrêter avant. On dit que ce n’est pas recommandé pour les borderline non plus, mais cela s’applique à ceux qui ont un penchant psychotique. Après, c’est du cas par cas, car certaines maladies mentales ne sont parfois que des infestations psychiques, et l’ayahuasca peut avoir son rôle à jouer.

Tu expliques aussi ton article l’importance de se diriger vers un chamane expérimenté. Pourquoi est-ce essentiel d’être accompagné dans ce processus ? Que risque-t-on autrement ?

On risque de se faire pirater psychiquement. L’ayahuasca crée une ouverture dans ton corps énergetique et tu deviens très vulnérable : physiquement, mentalement et spirituellement. Les attaques spirituelles existent et si ça peut paraître fou pour nous européens qui n’avons pas grandi avec les esprits dans notre culture… eh bien c’est le cas, ils existent ! Et ils ne sont pas tous gentils. Donc le chamane est là pour te protéger, mais aussi pour t’aider lorsque tu vas être en tempête psychique.

Comment bien choisir son chaman pour sa retraite d’ayahuasca ?

Un bon chamane est un chamane qui a diété beaucoup de plantes. Cela met du temps donc c’est un chamane qui a des années d’expérience. C’est une personne qui n’est pas gouvernée par son ego et ses chakras inférieurs, c’est-à-dire le pouvoir, le sexe et l’argent. Un chamane détient un pouvoir, à lui d’en faire quelque chose de lumineux… ou de sombre. Aujourd’hui, il y a un tas de chamanes auto-proclamés, mais il ne suffit pas de faire 100 séances d’ayahuasca pour être chamane. Ça s’apprend. Dans le centre où j’étais, ils me racontaient qu’ils reçoivent souvent des personnes disant que la plante leur a dit que leur vocation était de devenir chamane – mais il faut faire attention à la différence entre l’imaginaire et le réel qui se mêlent lors d’une cérémonie d’ayahuasca. C’est pour ça que l’intégration et le travail thérapeutique prend toute son importance, sinon ça peut vite partir en inflation de l’ego et dérive !

As-tu des contacts fiables à partager avec nous ?

Oui, voici quelques contacts pour ceux qui sentent cet appel :

    N’hésitez pas à m’écrire sur mon compte Instagram ou mon blog si certains d’entre vous ont des questions. L’aide des ayahuascers m’a été précieuse pour vivre ma première expérience donc je suis ravie de rendre la pareille. 

    Revenons à ta retraite d’ayahuasca. Celle-ci comprenait en toute logique une cérémonie d’ayahuasca mais la retraite s’étendait plus largement sur d’autres aspects complémentaires comme la diète, la prise de plantes purgatives et l’isolation en forêt. Cela me fait d’ailleurs penser à une “vision quest” que j’avais faite lors de ma formation de professeure de yoga. On avait dû s’isoler en nature, sans aucune distraction, et jeûner pendant 24 heures avant de faire un exercice d’introspection guidée. On était seuls avec nous-même, c’était incroyable comme expérience ! Quelle est l’intention dans le fait de se mettre à la diète en complément d’une prise d’ayahuasca ?

    Le pouvoir guérisseur de l’ayahuasca réside dans la diète : une isolation au coeur de l’amazonie. Tu es coupé du goût, des odeurs et du monde mais tu as droit de manger si tu le souhaites (souvent, du riz bouilli et de la banane plantin). L’ayahuasca est la plante qui te connecte aux autres plantes maîtresses. Lors de ta diète, tu es coupé du monde pour entrer en connexion au plus près de tes plantes de diète. Selon ta situation, tu peux prendre une plante pour avoir plus de force mentale, gagner en perspective, ordonner tes pensées, soigner ton coeur… il y a des plantes pour tout. 

    Moi, j’ai diété la feuille de coca qui communiquait avec moi à travers mes rêves, et c’était intense. J’ai fait pour la première fois de ma vie un rêve lucide. C’est une plante qui permet de guérir des blessures et d’équilibrer les énergies, le féminin et le masculin. J’ai aussi eu la lupuna, l’écorce d’un arbre, ce qui est assez peu commun pour une première diète. Le lupuna est l’arbre le plus haut de l’amazonie, c’est celui qui te donne de la perspective du fait de sa hauteur et de sa connexion avec le ciel. C’est la plante de l’ancrage. Pendant ce temps d’isolation, tu as le temps de te connecter avec ton Moi profond. Il faut imaginer que tu es pendant 8 jours – 8 heures par jour – à NE RIEN FAIRE. T’as zéro distraction.

    On parle souvent de l’ayahuasca comme un véhicule de voyage afin d’accéder à la connaissance de soi. Est-ce ce que tu as ressenti ?

    Je dirais que c’est un amplificateur de ce qu’il y a en toi. Et c’est une porte d’accès aux connaissances de l’univers. Pour moi, l’ayahuasca et mes plantes de diète ont fait un grand ménage émotionnel et physique.

    Qu’as-tu ressenti après la cérémonie ? On dit que les effets de la plante continuent d’agir en toi dans les jours qui suivent.

    J’étais traumatisée. J’ai dormi pendant 24h non stop derrière, si bien que je ne savais plus quel jour on était. Puis j’ai ressenti un grand sentiment d’apaisement et de joie d’être dans la forêt à rien faire pendant 8 jours… mais ça n’a pas duré, je me suis vite ennuyée à regarder les arbres ! Les effets continuent d’agir par vagues en moi, et je les maintiens autant que possible par la pratique de la méditation. Comme lors de la cérémonie, je passe par des vagues émotionnelles et des compréhensions profondes. Des personnes arrivent sur mon chemin et me donnent des clés. Le chemin se poursuit clairement. 

    Peux-tu dire que certains aspects de ta vie ont changé de manière tangible depuis que tu as pris l’ayahuasca ?

    Ancrage, acceptation, lâcher prise. Cela vient par vagues, ce n’est pas acquis. Séparation, décès et des pertes ont suivi ma diète d’ayahuasca.

    Quels seraient tes conseils aux personnes qui aimeraient tenter l’expérience de l’ayahuasca pour bien se préparer ?

    Ressentir l’appel de l’ayahuasca, c’est important.

    Quel message souhaites-tu transmettre aujourd’hui ? As-tu une référence inspirante à partager (un livre, un film, une citation…) ?

    Il faut pas avoir peur. Je citerais Stéphane Alix qui dit : “Le chemin spirituel, c’est prendre des risques de se confronter à des choses que l’on n’a pas forcément envie de découvrir. Mais c’est dans l’épreuve qu’on se révèle à soi-même.”

    Ne vivez pas dans le déni, vous vous faites toujours rattraper. Le déni, c’est quand tu te colles des caisses à l’alcool, quand t’es shopping addict, quand tu swap sur Tinder, quand tu manges tes émotions. Bref, quand tu te distrais dans le sexe, le matériel, les drogues, l’alcool, la bouffe… tu te déconnectes de qui tu es parce que tu n’arrives pas à faire face à toi-même. Alors tu mets la poussière sous le tapis, comme si elle n’existait pas et un jour il y a un coup de vent et là, patatra !

    Pour lire l’article de blog de Claire, cliquez ici.

    Retrouvez Claire sur Instagram : @bornestobewild.

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    Claire Poncet

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